Unstoppable Gorg - Main Theme
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Commodore’s Christmas 1982 demo for the Commodore 64.
29 years. Thats like 290 years in technology years.
(via gamefreaksnz)
Mercredi 22 février 1984 -
(…)
Nous allons chercher Sam, persuadés de le trouver tremblant comme une feuille, barbu, entouré d’ambulanciers prêts à l’hospitaliser. J’arrive dans l’hôtel et tombe nez à nez avec un prince ! Quelque chose sorti d’une aquarelle orientale de Gustave Moreau… Magnifique vision : Sam rasé de frais dans un costume bleu pétrole, net, grand, cravaté, royal, détaché, prêt… Il regarde en ricanant Dallas, empoigne ses cymbales et me suit vers la voiture à grandes enjambées ! Mystère et magie des organismes négroïdes.
Nous sommes dans un jour “philosophique”. Sam est volontiers aphoristique : il développe méchamment ses préceptes sur l’existence et ses gougnafiers : il parle du respect et des idiots. Il est heureux que l’hôpital l’ait relâché, nous montre ses pilules contre ses vieilles giclées de paludisme que la vodka réveille… Il a les cheveux courts, se les peigne avec délicatesse et rigole avec Marcel. (…)
Installation longue et sympathique dans cet exigu Petit Journal. Vidéo, fumée, verres, rires, gestes, cordes, baguettes… Tout s’ordonne. Dés les premières mesures, on a compris : il s’agira du Grand Sam. C’est toujours la même histoire : aux lendemains de cuites ou d’agonies mémorables, Sam se présente toujours impeccablement chic, bourré d’énergie atomique ! Après avoir frôlé la mort pour la millième fois, le ressuscité chronique apparaît comme un lord à la pêche de surhomme.
Les gens sont cloués sur place par tant de beauté. Rilhac souffle à l’oreille de Marcel : “Heureusement qu’il devait mourir hier !” A la pause il nous prend quelques photos, adorant jouer avec son petit appareil. Très volubile, il parle de Duke et de sa fameuse note grave finale et fatale, trouvaille géniale du petit Strayhorn. Une fille à son tour veut nous éterniser : il demande au barman un verre vide “pour faire semblant” (à la seconde pause il sera beaucoup plus réaliste en le remplissant d’un triple Cointreau-orange !). Sam Woodyard, bleu nuit, panthèréen, impérial, mimant tour à tour les musiciens du plus grand orchestre du monde qui rechignaient à jouer sous les instances de leur Duc la “Sissi Music” de Tchaïkovsky - c’est ce qu’aucun théâtre ne pourra jamais nous offrir.
Chebel, notre bassiste, se surpasse ce soir : c’est un bon bûcheron qui avance avec sa hache dans la forêt. Sam aime la basse qui roule bien lourd contre lui. Comme un bulldozer parmi un troupeau de bisons… Mais le grand moment de la soirée, c’est “It don’t mean a thing”, pris sur un tempo parfait, où Sam nous a donné l’un des plus beaux moments de notre vie. Ce salaud a commencé comme si de rien n’était : quelques coups par-ci par-là pendant les premières grilles. La cinquième n’était plus qu’un “gril” sur lequel tous les coeurs de l’assistance se sont mis à fumer. Je n’ai jamais vu ça. Jamais, jamais, jamais chez aucun batteur - et Dieu sait si j’ai été toute ma vie très attentif aux solos de bien des monstres - je n’ai ressenti une telle émotion, si intense et magique. Dans un flot de nuances, une science du son et un romantisme troublant des mesures, le solo interminable de ce type malade et en pleine forme à la fois, qui était en train de nous démontrer non seulement qu’il est le plus grand batteur du monde mais aussi un très grand artiste, nous a tous transformés en oies blanches gavées de grandeur. Si ça avait duré seize mesures de plus, je me serais écroulé à chaudes larmes car je sentais ma gorge se serrer de coups en coups. Si j’étais seul, je pourrais mettre ce serrage de gorge au compte de ma fragilité momentanée, de mes peines et soucis du jour, mais Rilhac et surtout Marcel sont comme moi : soudain blafards, incapables de reprendre après lui, levés, applaudissant comme de simples auditeurs… Nous avons l’authentique sensation d’entourer un créateur gigantesque, en plein “toucher” du con de Dieu, voilà. Ici, Sam est vraiment allé fouiller l’origine du monde, il a dépassé le génie du génial musicien : il a mis sa peau sur celle de sa caisse claire. Il est clair que c’est sa peau même dont la caisse était tendue. Nulle part ailleurs, ni jamais, un batteur n’a pu faire pleurer ainsi dans un solo.Il est le seul. C’est facile d’émouvoir en violant des symphonies. Cogner sur des tums minables et créer soudain tout à la fois un tableau, un poème, un monument, un ballet et une prière sonores, par la seule magie chimique d’un cerveau exigeant et foudroyé, n’appartient qu’à la grâce. Ce soir, Sam Woodyard s’est rangé sans discussion possible auprès de Rimbaud, Lester Young, Nijinski, Verlaine ou Mozart dans leurs plus hauts instants.
C’est si mystique et si beau que Marcel ne peut s’empêcher de se signer d’un petit discours inattendu, la voix blanche d’émotion, bafouillant qu’il venait de se passer un miracle de l’art et qu’il était scandaleux que personne aujourd’hui en France ne s’intéresse au sort et aux sortilèges d’un tel artiste, qu’aucun producteur ni musicien ne se dérangent pour assister aux cérémonies poignantes de l’un des plus grands génies musicaux de notre temps.
Fracas d’applaudissements d’une salle très envoûtée, sensible à l’écœurement et aux transports de mon père, reconnaissante et pleine d’anges. Sam joue à celui qui ne comprend pas ce qui se passe et c’est avec beaucoup de difficultés que nous enchaînons. Moi, je suis à cheval entre mon estomac et ma gorge, déprimé d’être si heureux, essoré de frisson, à trente centimètres de cette batterie du bon Dieu, impotent sous la vision, sous l’accablement inouï des mannes d’un tel ciel.
On redescend tous sur terre, les ailes emmêlées de commentaires, de rapports d’évanouissements. Tout le monde s’interroge. Les êtres humains viennent se prosterner aux chaussettes de l’Idole, plus beau que jamais. Un peu gris et enjoué, Sam me répond “Don’t worry” quand en le quittant je ne sais lui dire que “No words”.
Marc-Edouard Nabe, Nabe’s Dream, Journal Intime tome 1.
Cumulocomotive (via http://tebe-interesno.livejournal.com/)